Cette semaine, j’ai lu, comme beaucoup d’entre vous, l’histoire du papa de Beloeil qui, durant son confinement, a pris soin de construire une rampe de skateboard dans sa cour pour divertir ses deux enfants en ces temps difficiles.

L’article en question : ici

Je ne dois pas être le seul qui à trouvé que ça n’avait pas de bon sens de la part des voisins de faire une plainte de bruit à la ville pour empêcher les enfants de se divertir dehors et pendant la journée avec leur nouvelle rampe. Surtout que le papa semblait ouvert à discuter et à gérer le temps de jeux de ses enfants afin de ne pas « déranger » à outrance le voisinage. Ne peut-on pas avoir un peu de tolérance?

Tout cela m’a rappelé un événement du même genre qu’on a vécu, ou plutôt subi, l’année dernière avec d’anciens voisins âgés qui demeuraient en biais de chez moi. Leur fils devait être dans la soixantaine et allait souvent les visiter.

L’histoire débute alors que j’étais absent de la maison. Ma femme et mes amis surveillaient les enfants qui faisaient calmement du vélo dans notre petite rue résidentielle.

Clairement, voir des enfants jouer dans la rue ne faisait pas son affaire, car motivé par sa frustration, il a posé un geste volontaire, stupide et dangereux pour un de mes fils.

Il a décidé de sortir en fou de son entrée avec sa voiture en frôlant mon garçon qui passait devant chez lui à ce moment-là. Évidemment, mon fils a eu très peur et a failli perdre la maîtrise de son vélo et tomber devant le véhicule. L’insouciant conducteur a même fait sa manœuvre dangereuse en regardant ma femme dans les yeux. Il voulait probablement s’assurer qu’elle comprenne son mécontentement. Paniquée, elle criait après notre garçon de se dépêcher de s’enlever de là.

Il en a aussi profité pour invectiver mes amis et ma femme, car selon lui, des enfants, ça ne devrait pas faire du vélo ailleurs que dans une cour d’école ou sur une piste cyclable…

Outre le fait de me demander à quel point il faut détester la vie ou être égoïste pour aller jusqu’à risquer de blesser un enfant (ou pire, de le tuer) pour sauver du temps ou prouver un point, je me demander ceci: à partir de quand on oublie ce que c’est que d’être un enfant ?

À quel moment dans notre vie «d’adulte» avons-nous oublié que, nous aussi, nous avons déjà été jeunes, énervés, insouciants, ayant presque comme seul but de nous amuser?

Devenons-nous aigri à partir d’un certain âge? D’une tranche de vie en particulier? Ou serait-ce plutôt ceux et celles ayant eu une enfance pénible qui ressentent maintenant le besoin de se venger envers les plus petits qu’ils côtoient?

On a tous des vies de fous. Pas assez de temps de qualité, trop de stress, trop de responsabilités… Mais ça ne pourra jamais justifier le fait de priver nos enfants d’une partie de leur innocence et de leur jeunesse, ou pire, de prendre le risque d’enlever la vie d’un enfant alors qui lui reste tout à vivre et à connaître.

Et sous quel prétexte ? Celui d’être pressé ? D’être intolérant au bruit? D’être en retard ou simplement d’avoir hâte d’arriver à la maison ?

Qui n’a jamais fait du vélo, du skateboard, du patin à roue alignées devant chez soi? Qui n’a jamais joué au hockey en mettant les buts en plein milieu de la rue, ou encore joué au basketball avec le panier au bout de l’entrée ? Ou encore, crier comme un fou lors d’une bataille de fusil à eau ou d’une guerre de chamaille dans la cour?

Alors, pourquoi ne pas garder cela en tête avant de faire une plainte de bruit simplement parce que des enfants font ce que des enfants doivent faire: bouger et jouer dehors ?

Pour être honnête, c’est vrai qu’en tant que parent, on oublie souvent c’est quoi être un enfant ainsi que les petites joies qui accompagne cette période si éphémère de notre courte vie.

On veut toujours que tout aille vite !!!

Souvent, on attache leurs souliers pour eux ou on leur enfile leurs habits de neige rapidement plutôt que de les laisser faire. On range à leur place ou encore, on finit leurs phrases, car souvent, on a déjà deviné ce qu’ils veulent nous dire. On agit ainsi, car ça ne va pas assez vite à notre goût. On se dit qu’on n’a pas le temps, mais on devrait plutôt prendre le temps !

On ne veut pas qu’ils se salissent dans la boue ou qu’ils se mouillent en jouant dans les trous d’eau.

Penses-y, te souviens-tu du plaisir de sauter dans le reflet miroitant d’un trou d’eau qui ne demande qu’à être troublé par la joie innocente d’un enfant et de ses nouveaux souliers qui « courent vite »?

L’effervescence obtenue en roulant d’une butte gazonnée sans se soucier de l’état de notre linge par la suite.

L’importance futile de marcher sans toucher aux craques du trottoir, comme si notre propre vie en dépendait ? (J’avoue, il m’arrive encore de la faire !)

Combien d’entre vous étaient des champions funambules de chaînes de trottoir ?

Qui n’a pas sauté d’un divan à l’autre pour ne pas tomber dans de la lave en fusion!? Ou eu peur d’être mangé vivant par les requins si par malheur on touchait par terre.

On leur demande de ne pas crier, de rire moins fort quand ils ont du plaisir et de se contrôler lorsque leur excitation est à son comble. Même que parfois, on met court précipitamment à des activités ou à des jeux, car on est tanné ou on n’a plus de patience. « Ne cours pas, assois-toi sur le divan, arrêtez de vous tirailler ton frère et toi ». Ou « Sshhtt! Tu parles trop fort et ça dérange les gens! »

Bref, trop souvent on tombe dans le piège d’oublier les petits plaisirs d’être un enfant.

Je ne dis pas de ne pas les élever ou de les laisser faire des choses qui n’ont pas d’allure, mais il y a une énorme différence entre apprendre à ton enfant à se tenir comme il faut au restaurant et devoir l’empêcher de faire du vélo dans la rue, car un individu n’a pas huit secondes à perdre pour ralentir quand il se déplace en voiture. Ou encore d’y aller à grand coup de plainte, car les bruits d’enfants dérangent notre petite quiétude quand on sirote un drink sur notre terrasse…

Et à ceux qui clament le droit à la sainte paix et qui voudraient tant vivre dans le calme, le silence et l’isolement, l’option de vous isoler, d’aller vivre en campagne et de sortir des quartiers familiaux remplis de parc, d’école et de gamins est excellente. Surtout si vous n’êtes pas muni d’un minimum de tolérance communautaire.

Vous pourrez vous adonner à vos passions en quiétude et loin de notre bonheur contagieux.

Que ce soit pour vous plaindre de la météo, regarder votre pelouse pousser, classer et organiser vos vidanges ou manucurer vos plates-bandes pendant des heures, sachez, chers gens amers de notre jeunesse, que même en région, ces activités sont permises! En prime, vous y paierez même moins de taxes municipales!

Le point positif de cette mésaventure est que ça m’a rappelé l’importance de prendre le temps, être un peu plus indulgent et patient. Nos enfants deviendront vite grands et perdront cette innocence magique qui vient avec le fait d’être un enfant et de voir le monde à travers des yeux qui ne cherchent qu’amour, plaisir et aventure.

En ces temps plus que difficiles où une majorité des enfants sont confinés, et où beaucoup des centres de loisirs sont encore fermés, la tolérance est plus que jamais de mise. Entretenez de bonnes relations avec le voisinage. Avant d’aller vous plaindre à la ville ou à la police pour des enfants bruyants, allez donc parler à vos voisins et essayez de trouver un compromis, comme les grandes personnes sont supposées être en mesure de faire.

On devrait tous, peu importe notre âge, garder en tête qu’un enfant ne peut pas savoir ce que c’est d’être un adulte, mais un adulte ne devrait jamais oublier ce que c’est d’être un enfant …

Jean-François Lacombe

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